Il y a des vérités qui, à force d’être étouffées, finissent par exploser, non par colère, mais par dignité. Paulo Duarte, ce technicien portugais au verbe trempé dans l’acier de l’expérience, vient de poser sur la table ce que beaucoup n’osaient plus formuler qu’en un murmure gêné. «On veut jouer chez nous.» Quatre mots. Une évidence. Et pourtant, en Guinée, l’évidence a parfois des allures de révolution.
Car que dit-il, ce sélectionneur à la voix qui porte? Il dit qu’un match sans public, c’est une pièce sans spectateur. Il dit que le douzième joueur, ce n’est pas une métaphore de supporter, c’est une institution. Il dit que lorsqu’on joue au Maroc fût-il avec des stades dignes d’un musée du football l’adversaire se met à l’aise, l’arbitre respire mieux, et le Syli, lui, perd une partie de son âme. Et il a raison. Le ventre d’un stade vide ne fait trembler personne. Pire, il normalise l’inacceptable.
Dans le vestiaire, après ce nul face au Togo, les joueurs n’ont pas fait dans la dentelle. Eux aussi, ils ont interpellé les autorités. Non pas en émeutiers, mais en hommes responsables. Et ils ont eu ce geste rare qui force le respect. Ils ont mis devant leurs responsabilités ceux dont le devoir est d’offrir à une sélection nationale autre chose qu’un exil doré. Trois ans. Trois ans qu’un pays souverain, la Guinée, une terre de football, de fierté et de ferveur, se promène comme une âme en peine entre Casablanca, Dakar, Abidjan et Bamako, quémandant un bout de pelouse pour y dérouler son propre destin. Trois ans à chercher chaussure à son pied. Trois ans à jouer loin de ses orages sacrés, loin de cette marée humaine qui, à Conakry, transforme chaque match en événement cosmique.
On peut ergoter sur les chantiers, évoquer ces deux stades en construction avec la lenteur des grandes œuvres ou la frilosité des petites volontés. Mais le temps, lui, ne fait pas grève. Le temps file, les échéances s’accumulent, et la dernière CAN s’est enfuie avec elle un cortège de décisions fantaisistes, de rendez-vous manqués, de matchs que nous n’aurions jamais dû perdre si nous avions évolué chez nous, devant notre peuple.
Alors, trêve de cacophonie. Ne cherchons pas qui a fait quoi, quel ministre a dormi, quel architecte a rêvé trop grand. Cherchons plutôt l’essentiel: l’unité. Il est temps de rassembler nos énergies comme on rassemble une famille autour d’un feu. Le football guinéen n’a pas besoin de polémiques, il a besoin d’un toit. Pas d’un stade de luxe en terre étrangère, mais d’un sanctuaire chez lui.
Unissons nos forces pour sortir de cette léthargie. Que le Syli ne soit plus une équipe en exil. Que le douzième joueur retrouve enfin sa place: dans les gradins, debout, brûlant, indomptable. Parce que jouer en Guinée, ce n’est pas un caprice de technicien portugais, ni une doléance de vestiaire. C’est une exigence de souveraineté. C’est la moindre des choses pour un pays qui, quand il rugit, fait trembler tout un continent.
Et si, pour une fois, on finissait par l’entendre ?






