Il fut un temps pas si lointain où une partie de la presse sportive guinéenne s’était muée en tribunal populaire, déterminée à offrir un coupable au bûcher, un visage à exhiber pour masquer les véritables défaillances structurelles du football guinéen. Ce visage, c’était celui de Bouba Sampil. Accusé, cloué au pilori, réduit au rôle d’ennemi public numéro un, il fut présenté, sans preuve ni discernement, comme le nœud de toutes les misères du football national.
Les campagnes d’acharnement se succédaient, les émissions s’enchaînaient, les plateaux s’embrasaient. La calomnie, elle, devenait un sport national. Une partie de la presse s’était transformée en milice d’opinion, prête à tordre les faits, à tronquer la réalité, à falsifier le jugement public. Pour eux, un seul horizon: faire tomber un homme. Et ils y sont parvenus. Bouba Sampil fut révoqué. Puis, plus rien. Ou plutôt si: Le déluge.
Car ceux qui l’ont succédé Sory Doumbouya, Mamadou Barry, Blasco Barry et consorts avaient promis la lune. À les entendre, le renouveau du football guinéen était imminent, inévitable, presque messianique. Les discours étaient flamboyants, les promesses gonflées d’assurance… mais les actes, eux, se sont écrasés lamentablement au sol.
Aujourd’hui, que reste-t-il ? Un désastre économique, une débandade administrative, un chaos institutionnel, et une fédération qui ne tient plus que par des artifices. Les caisses sont vides, la gestion approximative, les ambitions évaporées. Le groupe qui jurait rédemption a plongé le football guinéen dans des abysses dont on peine à voir le fond.
Le plus ironique dans cette tragédie? Ce n’est pas l’échec de cette équipe fédérale qui, finalement, n’a fait que révéler au grand jour son incompétence. Non. Le véritable scandale, c’est cette presse alliée d’hier, celle qui a hurlé au loup, fabriqué l’illusion, tiré les ficelles d’une opinion trompée. Aujourd’hui, les mêmes qui applaudissaient un changement devenu synonyme de naufrage… se dédisent.
Émission après émission, chronique après chronique, ils se découvrent une vertu tardive. Ils font leur mea-culpa, timidement ou bruyamment, selon le vent du moment. Ils avouent s’être trompés, dupés, manipulés. Mais où étaient-ils lorsqu’on infligeait un lynchage public à un seul homme pour servir les intérêts d’un petit groupe? Où étaient-ils quand l’institution se faisait piller au nom d’un prétendu renouveau? Où étaient-ils quand la vérité était encore réversible? Leur revirement n’est pas un acte de courage. C’est une fuite. La fuite de ceux qui découvrent que l’arnaque qu’ils ont couverte éclabousse désormais tout le monde, y compris eux. La fuite de ceux qui ont servi de relais à une forfaiture qu’ils feignent aujourd’hui de dénoncer.
Pendant ce temps, le football guinéen agonise entre les mains de dirigeants qui se servent au lieu de servir. L’institution est devenue un butin, les postes des trophées, les ressources un gâteau qu’on découpe et redistribue dans l’ombre. La gestion est un théâtre, la compétence un mirage.
Le football, lui, n’est plus qu’un champ de ruines administré par des apprentis sorciers qui s’obstinent à façonner les choses selon leurs caprices. Alors non, Bouba Sampil n’était pas le véritable problème. Le problème, ce sont ceux qui l’ont remplacé sans vision, sans stratégie, sans honnêteté, sans la moindre capacité à changer la donne. Le problème, ce sont aussi ceux qui les ont portés au pouvoir en maquillant le mensonge en vérité.
Aujourd’hui, la supercherie est apparente, incontestable, presque triviale. Mais malheureusement, ceux qui paient l’addition, ce ne sont pas les manipulateurs d’hier… Ce sont les joueurs, les clubs, les supporters, et la dignité même du football guinéen.






