Accueil ACTUALITÉ Sidya Touré: le comptable des espérances, mort loin de ses deux rives!

Sidya Touré: le comptable des espérances, mort loin de ses deux rives!

Il s’en est allé à Paris, comme un fleuve qui meurt dans un estuaire étranger après avoir longé tant de rives. Sidya Touré, ancien Premier ministre guinéen, a rendu l’âme des suites de maladie. Mais derrière la dépêche, il y a une vie entière tissée de chiffres et de déceptions, de rigueur et de solitude.

Né à Dimbokro, en Côte d’Ivoire, de parents guinéens, il fut un enfant de la frontière, un homme à double racine. Formé à l’École nationale du Trésor de Paris, passé par le ministère ivoirien de l’Économie et des Finances, puis directeur de cabinet d’Alassane Ouattara, il était de ces technocrates qui rangent les colonnes d’un budget pendant que d’autres empilent les promesses. L’homme avait l’œil du comptable et la patience du paysan.

En 1996, le Président Lansana Conté le tire de l’ombre et le hisse à la Primature. La Guinée est alors une maison lézardée: finances exsangues, robinets à sec, électricité en caprice. Sidya Touré entre dans la salle des machines. Il colmate, il coupe, il assainit. L’eau revient dans les quartiers, la discipline dans les caisses. Mais en Guinée, le pouvoir n’est pas une horloge: c’est un baobab dont les branches ombragent tout. Le réformateur s’y cogne. Mars 1999: limogé. La porte se referme; une autre s’ouvre.

Commence alors la longue traversée de l’opposant. À la tête de l’UFR, il apprend la politique de terrain: les nuits blanches, les alliances fragiles, les trahisons cuisantes. Candidat malheureux en 2010, puis en 2015, il ne gagne pas, mais il ne se vend pas. L’homme de chiffres devient homme de courage.

Puis vient l’exil. En 2022, chassé de sa propre maison à Conakry, il trouve refuge en Côte d’Ivoire. Terre de cœur, terre de commencement. Là où il avait appris le métier d’État, il apprend celui de l’attente. Abidjan devient sa vigie. De loin, il observe la Guinée, préside son parti par écran interposé, appelle au dialogue, garde allumée la lampe de l’espoir dans une chambre sans fenêtre.

Il rêvait de rentrer. La mort en a décidé autrement. Paris, ville des comptes et des adieux, a recueilli son dernier souffle. La Guinée perd un fils; la Côte d’Ivoire, un enfant adoptif; l’Afrique, un serviteur têtu de l’État de droit.

Sidya Touré est mort en exil. Mais les hommes de sa trempe ne s’effacent pas tout à fait: ils restent dans les institutions qu’ils ont bâties, dans les consciences qu’ils ont réveillées, dans ce silence têtu qui précède les réconciliations.

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