Il y a des défaites qui se passent sur une piste. Et il y en a d’autres qui se fabriquent dans les bureaux. L’affaire Fatoumata Balley est une gifle pour le sport guinéen. Une de plus. Une gifle silencieuse, embarrassante, presque honteuse. Comment une athlète qui porte depuis des années les couleurs nationales avec courage, régularité et résultats peut-elle manquer les Championnats d’Afrique… faute de billet d’avion ? C’est à peine croyable.
Fatoumata Balley n’est pas une sportive ordinaire. Elle fait partie de cette catégorie rare d’athlètes qui avancent presque seules contre tout: manque de moyens, absence d’accompagnement sérieux, invisibilité médiatique et difficultés structurelles. Pourtant, malgré tout cela, elle continue de gagner, de représenter la Guinée et de faire rayonner le drapeau rouge-jaune-vert avec une élégance admirable. Et c’est précisément ce qui rend cette situation encore plus choquante.
Dans tous les pays qui respectent leurs champions, une athlète de ce niveau est protégée, suivie, accompagnée, valorisée. Chez nous, elle se retrouve à publier un message de désolation pour expliquer à tout un peuple qu’elle ne participera pas à une compétition majeure à cause d’un problème d’organisation. C’est violent.
Et après, certains se demandent pourquoi de nombreux talents guinéens vivant à l’étranger hésitent à servir sous le maillot national. La réponse est sous nos yeux: beaucoup ont peur d’être livrés à eux-mêmes après avoir tout sacrifié pour le pays.
Le plus paradoxal dans cette affaire, c’est qu’elle intervient au moment même où le Président prone la refondation, le mérite et d’excellence nationale. Pendant que le sommet de l’État tente de construire une nouvelle image de la Guinée, certains acteurs, par leur légèreté ou leur inertie, donnent l’impression de saboter silencieusement cette dynamique.
Parce qu’à ce niveau, ce n’est plus une simple erreur administrative.C’est un échec institutionnel.Un sabotage moral.Une faute contre le mérite.
Fatoumata Balley ne demandait pas un privilège.Elle demandait simplement les conditions minimales pour défendre son pays.
Et le plus triste dans tout cela, c’est qu’on a laissé une guerrière tomber… avant même d’entrer dans l’arène.






