Dans la région forestière, les parasitoses intestinales restent un sérieux problème de santé publique. Entre accès limité aux structures modernes et conditions d’hygiène difficiles, de nombreuses communautés se tournent massivement vers la médecine traditionnelle, un patrimoine encore très vivant.
Après un séjour de terrain dans plusieurs districts de N’Zérékoré, le Dr Mohamed Kerfalla CAMARA, Pharmacien et Enseignant-Chercheur, rapporte un constat clair : là où les centres de santé manquent, la forêt prend le relais. Les tradipraticiens deviennent alors les premiers recours pour traiter maux de ventre, vomissements, vertiges, anémie et autres symptômes liés aux parasites.

Pendant trois mois, l’équipe du chercheur a sillonné Komou, Boma Sud, Louhoulé, Nyèma Sud, Womé et plusieurs autres localités pour recenser les plantes utilisées dans le traitement des parasitoses.
Quelques chiffres marquants:
- 75 tradipraticiens interrogés, dont 28 femmes
- Moyenne d’âge : 55 ans
- 50 plantes médicinales recensées
- Issues de 34 familles botaniques
- Un savoir transmis à 53 % par héritage
Les symptômes les plus cités par les guérisseurs:
- Maux de ventre (100 %)
- Vertiges (77 %)
- Vomissements (60 %)
Parmi les espèces les plus sollicitées: Citrus limon (citron) feuilles et racines en décoction, Aframomum melegueta graines et racines, très prisées, Xylopia aethiopica décoction amère contre les infections intestinales, Ficus exasperata graines en poudre ou décoction, puissant vermifuge. Vernonia amygdalina, Albizia lebbeck, Carica papaya, Morinda lucida, etc. Les remèdes sont généralement administrés par voie orale, sous forme de décoctions, macérations ou poudres.

Chez les Kpéllès, Guerzé, Manos et Toma, la médecine traditionnelle fait partie de l’identité culturelle. Mais ce savoir ancestral est fragile. Dégradation des écosystèmes, vieillissement des guérisseurs, absence de transmission structurée.
Pour le Dr Camara, ces données ouvrent la voie à: la validation pharmacologique des plantes recensées, le développement de phytomédicaments locaux, la valorisation de la médecine traditionnelle dans un cadre sécurisé, la préservation de la biodiversité forestière.
Et il conclut :
«La flore guinéenne regorge de trésors pouvant offrir des solutions efficaces, abordables et adaptées pour lutter contre les parasitoses intestinales.»
Entre traditions, plantes et science, N’Zérékoré confirme encore une fois que la forêt guinéenne n’est pas seulement un décor… c’est une véritable pharmacie vivante.






