Il m’a fallu six jours. Six jours de silence. Six jours d’un vide assourdissant. Six jours sans voix, sans force et sans inspiration. Car comment écrire lorsque celui qui vous a appris à tenir débout n’est plus là pour vous regarder écrire ? Comment trouver les mots lorsque la douleur confisque jusqu’à la respiration?
M’ba,
le mercredi 18 février 2026, à Kindia, tu as quitté ce monde avec la discrétion qui a toujours caractérisé ta grandeur. Sans bruit. Sans plainte. Avec cette dignité qui fut ta signature.
Tu es né à Forécariah. Mais c’est à Kindia que tu as choisi d’ancrer ton existence. C’est ici que tu as aimé. C’est ici que tu as servi. C’est ici que tu as façonné ta postérité. Et c’est ici que tu as rendu ton dernier souffle, comme pour sceller un pacte silencieux avec cette terre qui t’avait adopté. Tu étais officier. Mais tu étais d’abord un homme de principe.
Le 22 octobre 1972, tu entras dans l’armée guinéenne. Ce jour-là, tu ne signais pas un simple engagement administratif: tu épousais une vocation. Pendant plus de quarante années, tu portas l’uniforme avec honneur, formant des hommes, commandant avec autorité, servant la Nation jusque dans les missions extérieures de paix. Le Camp Kémé Bourema t’a rendu les honneurs militaires le vendredi 20 février 2026. Les clairons ont retenti. Le drapeau s’est incliné. Les armes se sont levées dans un ultime salut. Ce jour-là, la République reconnaissait en toi l’un de ses serviteurs fidèles.
Mais au-delà de l’armée, il y avait le sport. Le football. Cette autre école de rigueur et d’équité. Ancien arbitre. Ancien Président de la Commission Régionale des Arbitres de Kindia. Ancien Président de la Ligue Régionale de Football de Kindia. Le monde sportif t’a rendu hommage. Les acteurs du sport ont salué ton intégrité. Ils ont rappelé que tu fus un gardien des règles, un défenseur du mérite, un homme pour qui l’arbitrage n’était pas un pouvoir, mais une responsabilité morale. La famille, les amis, les connaissances se sont levés comme un seul homme. Tous ont témoigné d’un respect rare: celui que l’on accorde aux hommes justes.
M’ba,
Tu laisses derrière toi tes enfants:
Capitaine Ibrahim Kaba,
Fatoumata Kaba,
Sékou Koutoubou Kaba (Gaoussou),
Mariame Kaba,
Ousmane Kaba,
Abdoul Rachid Kaba,
Fatoumata Yarie Kaba (N’na Hadja).
Nous sommes nombreux, mais aujourd’hui unis dans une même fragilité.
Tu laisses également tes enfants de cœur de ton binôme Feu Maître Abdoul Rachid Camara:
Assiétou Rachid Camara,
Mohamed Rachid Camara (Junior),
Mohamed Bignè Rachid Camara (Padré),
ainsi que notre maman Hadja Bintou Fofana.
Tu as toujours su que la famille ne se limite pas au sang; elle s’élargit par la loyauté et l’affection.
Et puis, il y a N’na Madame Kaba née Kadiatou Camara. La femme qui a croisé ton chemin et qui a fait de toi un Kindiaka à part entière. Merci pour l’amour. Merci pour la patience. Merci pour le soutien silencieux qui a accompagné chacune de tes batailles.
M’ba,
Tu étais exigeant. Parfois austère. Mais profondément aimant. Tu nous as appris que l’honneur est une conduite quotidienne. Que la parole donnée engage l’âme. Que le respect ne s’impose pas par la force, mais par l’exemple. Aujourd’hui, je comprends que chacune de tes sévérités était une protection. Que chacune de tes exigences était une bénédiction déguisée. La Guinée a perdu un serviteur du drapeau. Le sport a perdu un défenseur inflexible de l’éthique. Kindia a perdu l’un de ses fils d’adoption les plus engagés. Mais nous… nous avons perdu notre M’ba.
Et pourtant, au milieu de cette douleur immense, une fierté demeure. La fierté d’avoir été ton fils. La fierté de porter ton nom. La fierté d’avoir grandi sous ton regard. Tu as vécu débout. Tu es parti digne.Tu laisses derrière toi un héritage plus solide que le marbre: l’honneur.
M’ba,
On enterre un corps.
On ne peut enterrer une œuvre.
On referme une tombe. On ne peut refermer un héritage.
Tu nous as appris que l’homme véritable ne mesure pas sa grandeur à ce qu’il possède, mais à ce qu’il transmet. Alors aujourd’hui, devant Dieu, devant la famille, devant la Nation, nous te faisons une promesse silencieuse:
Nous ne trahirons pas ton nom.
Nous ne courberons pas l’échine là où tu nous as appris à rester débout.
Nous ne laisserons pas s’éteindre la flamme que tu as allumée.
Tu es parti…mais tu n’as pas disparu. Car tant que nous marcherons avec honneur, tant que nous parlerons avec vérité, tant que nous servirons avec loyauté, tu vivras.
Repose en paix, M’ba.
Le fils s’incline.
Le soldat salue.
L’homme pleure.
Et dans ce silence, nous entendons encore ton pas.






