Quand un nouveau sélectionneur arrive, les supporters espèrent toujours un souffle nouveau. Une vision. Une audace. Avec Paulo Duarté, on attendait la rupture, l’innovation, l’étincelle qui rallumerait la flamme du Syli National. Mais à l’heure de sa première liste, le constat est amer : beaucoup de bruit pour pas grand-chose.
Oui, il y a des noms qui intriguent et qui séduisent : le jeune Madiou Keïta, revenu des Jeux Olympiques avec l’étoffe d’un futur grand, Moussa Balla Conté, Ibrahima Sory Bangoura, ou encore Alhassane Bangoura et Aboubacar Bachir Bangoura, révélations du CHAN, dont les performances locales ne pouvaient plus passer inaperçues. Ce sont des signaux positifs. Ils témoignent d’une volonté timide de renouveler l’effectif, d’ouvrir la porte aux jeunes et aux joueurs locaux.
Mais au-delà de ces petites touches, la montagne a accouché d’une souris. Car le reste de la liste n’a rien d’innovant : les mêmes cadres, les mêmes profils, et surtout les mêmes interrogations. Là où les supporters guinéens espéraient de l’audace, ils n’ont trouvé que de la continuité, pire, du déjà-vu.
Plus inquiétant encore que la liste, ce sont les justifications du sélectionneur. Car un entraîneur, c’est aussi un discours. Il doit assumer ses choix, rassurer son public, convaincre son vestiaire. Or, Duarté a livré un plaidoyer sans saveur, des réponses évasives, parfois même incohérentes. L’absence de Naby Keïta, de Morgan Guilavogui ou d’Ilaix Moriba Kourouma aurait pu être l’occasion d’un débat clair, transparent. Mais au lieu de cela, nous avons eu droit à des explications qui sonnaient comme des excuses, à des phrases qui ressemblaient davantage à des esquives qu’à des arguments.
Le cas Moriba Kourouma illustre ce malaise. Pendant longtemps, certains accusaient l’ancien président de la fédération, Bouba Dinah Sampil, d’être l’obstacle à son retour en sélection. Mais aujourd’hui, avec un nouvel entraîneur, rien n’a changé. Le joueur n’est ni blessé, ni suspendu. Alors pourquoi n’est-il pas là ? Duarté n’a-t-il pas su trouver les mots pour le convaincre ? Ou bien n’a-t-il tout simplement pas essayé ? Dans les deux cas, c’est une erreur. Car l’autorité d’un sélectionneur se mesure aussi à sa capacité à rallier ses talents, à fédérer autour du maillot national.
En réalité, Paulo Duarté a manqué de flair. Mais pire encore, il a manqué de charisme dans son discours. Car oui, le Syli National a besoin de leaders sur le terrain, mais il a d’abord besoin d’un leader sur le banc. Un coach qui assume, qui tranche, qui impose. Pour l’instant, ce n’est pas ce que nous avons vu.
Reconnaissons-lui toutefois un mérite : il a osé affronter la presse. Et rien que cela constitue déjà un progrès. Après des années d’opacité et de mutisme héritées du Conor, voir un sélectionneur s’expliquer est une bouffée d’air. Mais parler n’est pas convaincre. Et convaincre n’est pas réussir.
C’est pourquoi le doute s’installe dès maintenant. Pour son baptême, Duarté a choisi la prudence. Mais à trop vouloir rassurer, il a fini par inquiéter. À trop vouloir équilibrer, il a fini par frustrer. Ses premiers pas ressemblent à ceux de ses prédécesseurs : hésitants, timorés, peu inspirés.
L’histoire du Syli est pleine de promesses avortées. Alors oui, on espère que cette fois-ci sera différente. Que dans les faits, Paulo Duarté saura imposer un vrai projet, unir les binationaux et les locaux, redonner une âme à cette équipe et surtout, atteindre les objectifs : se qualifier, gagner, exister. Mais à l’instant où l’on referme sa première conférence, il faut bien l’admettre : le discours n’a pas séduit. Reste à voir si le terrain sauvera ce qui, pour l’instant, ressemble davantage à un faux départ.






