Accueil POLITIQUE ÉDITORIAL: Quand le ministre décide de tuer le handball guinéen! 

ÉDITORIAL: Quand le ministre décide de tuer le handball guinéen! 

Il y a des décisions qui blessent, et d’autres qui révoltent. Celle que vient de prendre le ministre des Sports, Keamou Bogola Haba, appartient sans conteste à la seconde catégorie. En décidant de détruire le gymnase du Stade du 28 septembre, il ne rase pas simplement un bâtiment. Non. Il s’apprête à effacer de la mémoire collective tout un pan de la fierté sportive nationale.

Ce gymnase n’est pas un tas de béton à remplacer. Il est le fruit d’une volonté, d’une résilience, d’une passion: celle du handball guinéen.

Quand la plupart des disciplines peinaient à exister, c’est le handball qui, dans le silence et la rigueur, a montré la voie. Sans gros budgets, sans campagnes tapageuses, sans promesses politiques creuses. Par son travail, par son organisation, et par sa foi dans le mérite.

Ce temple du sport a abrité des moments inoubliables : des tournois africains, des compétitions de maracana, des rencontres sous-régionales qui ont fait rayonner la Guinée. C’était l’un des rares lieux où le mot performance avait encore un sens. Et voilà qu’aujourd’hui, on veut tout effacer au nom d’un projet de football dont même les contours restent flous.

Faut-il donc tuer le mérite pour satisfaire la médiocrité ? Faut-il abattre ce qui marche, pour construire sur du sable ?

Le football guinéen, nul ne le nie, a besoin d’un nouveau souffle. Mais ce n’est pas en sacrifiant les autres disciplines qu’on le sauvera. Ce n’est pas en rasant un gymnase qui fait la fierté du pays qu’on écrira une nouvelle page de gloire.

On ne bâtit pas un avenir sportif en enterrant le passé glorieux d’une discipline qui a hissé haut le drapeau national.

Car faut-il le rappeler, le handball guinéen, en 2025, a placé notre pays dans douze compétitions internationales, dont quatre Coupes du Monde. Douze ! Une prouesse qu’aucune autre fédération guinéenne n’a atteinte. Et tout cela, grâce à une gestion exemplaire, une planification méthodique et une fédération qui, par ses propres moyens, a su construire, équiper et faire fonctionner un outil moderne.

Le gymnase du 28 septembre, c’est l’orgueil du sport guinéen. C’est là que des centaines de jeunes ont trouvé une vocation, une éducation, un équilibre. C’est là que le sport a redonné espoir à des quartiers, à des écoles, à des familles. Et demain, tout cela disparaîtra, au nom d’une décision ministérielle prise à la va-vite, sans concertation, sans vision, sans considération pour ceux qui ont fait vibrer ce lieu.

Monsieur le ministre, détruire ce gymnase, c’est détruire un rêve.C’est briser des carrières, anéantir des années de sacrifice, jeter dans le désespoir des entraîneurs, des athlètes, des encadreurs, des enfants.

C’est priver la Guinée de sa seule infrastructure moderne, pensée et réalisée par des guinéens, pour des guinéens.Oui, moderniser le sport est une noble ambition. Mais moderniser ne veut pas dire effacer. Moderniser, c’est rénover, c’est améliorer, c’est valoriser ce qui existe déjà. Ce n’est pas frapper d’un bulldozer la seule réussite tangible du sport guinéen des deux dernières décennies.

À trop vouloir courir derrière un football qui s’essouffle, le ministère prend le risque de transformer la Guinée en un cimetière de disciplines. Et quand tout sera rasé, quand le silence aura remplacé les cris du gymnase, il ne restera plus que des regrets… et une jeunesse désabusée. Alors, posons-nous la vraie question: veut-on vraiment faire avancer le sport guinéen, ou juste flatter un ballon vide d’ambition ?

L’histoire jugera. Mais aujourd’hui, la conscience doit parler. Le handball ne mérite pas l’oubli. Le gymnase du 28 septembre ne mérite pas la pelleteuse.

Et la Guinée ne mérite pas qu’on détruise, pierre après pierre, ses rares symboles de réussite.

BafilaNews.com – Le style d’informer, la force du contenu.