En Guinée, le cash n’est pas seulement un moyen de paiement. C’est presque une culture, un symbole de confiance personnelle et parfois même, une stratégie de survie. Mais quand la Banque centrale révèle que 94% des billets mis en circulation restent coincés hors des banques, la question cesse d’être anecdotique pour devenir une vraie menace pour l’économie nationale.
Parce qu’un pays où l’argent dort dans les poches et sous les matelas est un pays où l’investissement suffoque, où la banque se vide, et où le citoyen finit par courir après un billet comme après un taxi à l’heure de pointe.
La comédie du cash
La scène est connue :
- Un commerçant refuse un virement bancaire et exige des billets.
- Un agent mobile money ferme boutique faute de liquidité.
- Un client passe de GAB en GAB, toujours avec la même réponse : “service indisponible”.
Le tout pendant que l’argent existe bel et bien… mais circulant uniquement hors du système officiel. Ironique, non ?
Le pari du digital
La solution est pourtant là, presque sous nos yeux : digitaliser les paiements. Non pas comme un slogan creux, mais comme une révolution culturelle.
- Quand l’État paiera ses fonctionnaires par mobile money, le citoyen suivra.
- Quand les commerçants verront que recevoir un QR code coûte moins cher que perdre une journée à chercher du cash, ils adopteront.
- Quand le consommateur comprendra qu’un paiement électronique peut rimer avec bonus, cashback et sécurité, il délaissera peu à peu le billet froissé.
Le défi culturel
Soyons honnêtes : le problème n’est pas seulement technique, il est culturel. Chez nous, on aime toucher son argent, le sentir, l’empiler. Mais ce romantisme du cash a un coût : il alimente l’informel, il fragilise la stabilité bancaire et il freine la modernité.
Le vrai défi de la Guinée, ce n’est donc pas de mettre plus de billets en circulation. C’est d’apprendre à leur donner des ailes numériques, pour qu’ils circulent enfin dans les bons canaux.
En clair
Si nous voulons inverser la tendance, il faut une alliance : État, banques, fintechs, citoyens. Sans cela, nous continuerons à jouer la même comédie : des coffres vides dans les banques et des valises pleines dans les marchés.
Il est temps de choisir :
- Soit nous restons prisonniers de la nostalgie du cash.
- Soit nous faisons le saut digital, et la Guinée s’offre une respiration nouvelle.
Parce qu’après tout, un billet qui dort est un pays qui s’endort. Et la Guinée, elle, a besoin de se réveiller.






