Accueil SOCIETE ÉDITORIAL: Conakry, noyée dans la négligence

ÉDITORIAL: Conakry, noyée dans la négligence

C’est devenu, hélas, une scène familière. Chaque saison pluvieuse, Conakry verse des larmes que la pluie n’a pas fini de laver. Des quartiers submergés, des maisons éventrées par les eaux, des corps sans vie repêchés dans les caniveaux… Et cette année encore, le drame s’est rejoué. Trois nouvelles vies fauchées par les inondations. Trois nouvelles familles plongées dans l’horreur. Et tout un pays qui assiste, impuissant, à une tragédie évitable.

Car oui, ce fléau n’est pas une fatalité, il est la conséquence directe de notre irresponsabilité collective. Il faut avoir le courage de se le dire. Si l’eau tue, c’est parce que nous l’y avons autorisée. Parce que nous avons, année après année, sacrifié le civisme sur l’autel de la négligence. Nos caniveaux sont devenus des poubelles à ciel ouvert, nos zones non constructibles transformées en ghettos improvisés, et notre silence complice face à l’anarchie urbaine a fini par faire de la moindre pluie un déluge meurtrier.

Mais que fait l’État, pendant ce temps ? Rien ou si peu. L’État, encore et toujours, réagit au lieu d’agir. Il vient constater les dégâts, distribuer quelques matelas, quelques sacs de riz, prendre des photos… et repartir, en attendant la prochaine tragédie. Ce n’est pas une politique de prévention, c’est une politique d’enterrement.

Il est grand temps de sortir de cette routine mortelle, de briser le cycle de l’oubli, de cesser de faire comme si chaque saison des pluies était une surprise. Les solutions existent : curage régulier des caniveaux, aménagement des bassins de rétention, urbanisme rigoureux, sanctions contre les pollueurs, campagnes de sensibilisation permanentes, plans d’évacuation clairs. Ce ne sont pas des miracles, ce sont des mesures élémentaires dans un pays qui se veut responsable.

Ce que la pluie révèle, ce n’est pas seulement notre vulnérabilité, c’est surtout notre refus d’apprendre. Il ne s’agit plus d’un simple problème de gestion. Il s’agit d’un choix de société. Soit nous décidons de rompre avec l’indifférence, soit nous acceptons de compter nos morts à chaque averse.

L’eau ne tue pas toute seule. C’est notre silence, notre inaction, notre aveuglement qui l’arment.

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