Accueil SPORTS Édito | Football guinéen, cet édifice de sable mouvant!

Édito | Football guinéen, cet édifice de sable mouvant!

Il y a, en Guinée, une comédie qui se joue depuis plus d’un demi-siècle, une pièce sans fin dont nous sommes à la fois les acteurs, les spectateurs et, hélas, les dindons. Celle du football national. Un ballet de sauveurs qui se succèdent sur la scène, la main sur le cœur, la larme à l’œil, la promesse au bout des lèvres. Des hommes d’État, des mécènes, des fortes têtes, tous animés, jure-t-on, par la même flamme sacrée. Mais au fond, avouons-le, par le même ego démesuré.

Car notre football est une maladie chronique dont les symptômes sont connus: une fièvre passagère après une victoire inespérée, une rechute violente après une défaite humiliante. Un léger mieux? On sort les drapeaux. Un revers? On sort les couteaux. Et le cycle infernal reprend, imperturbable, comme une vieille rengaine qu’on siffle sans y penser. Pendant ce temps, la maison brûle, et nous, nous nous disputons pour savoir qui aura l’honneur d’éteindre l’incendie. Mais avec des seaux percés.

Le problème est pourtant d’une simplicité désarmante. Nous avons fait l’impasse sur l’essentiel. Nous avons pris les hommes pour des institutions, et les institutions pour des hommes. Une confusion aussi vieille que le monde, mais qui, dans notre cas, confine au génie. Nous avons construit des palais sur des dunes, des châteaux sur des nuages, et nous nous étonnons qu’ils s’effondrent au premier souffle du vent. Les hommes passent, dit-on, mais l’institution demeure. Mais dans le football guinéen, c’est l’inverse: les hommes demeurent, et l’institution, elle, passe. Elle passe même vite.

Regardez-les, ces grands bâtisseurs, ces architectes de l’éphémère. Ils arrivent, ils promettent, ils dépensent. Des stades, des centres, des terrains flambant neufs. Mais un stade, voyez-vous, n’est qu’une coquille vide, une cathédrale sans âme, si les hommes qui y entrent ne pensent qu’à leur propre maison. Et quel spectacle, alors, que de voir ces autorités, si généreuses en béton, si avares en vision, jeter des millions dans des infrastructures qui ne seront jamais que des tombeaux de l’ambition nationale. Parce que le ballon, lui, ne connaît pas le béton. Il connaît la passion, l’organisation, la rigueur. Et cela ne s’achète pas sur un marché. Cela se construit dans le silence des bureaux, dans la patience des techniciens, dans l’abnégation des serviteurs de l’institution.

Nous avons une ultime occasion, une fenêtre de tir, une dernière cartouche. Sortir de ce jeu de pimpong, de ce jeu de dupes où l’on s’agite, s’écharpe, s’égosille, pour finalement se retrouver au point de départ, les mains vides, la tête basse. Il est temps d’appeler à la rescousse non pas des sauveurs, mais des serviteurs. Des hommes et des femmes qui se conçoivent comme de simples gouttes d’eau dans l’océan. Des gouttes d’eau qui, ensemble, peuvent creuser le lit d’un fleuve nouveau. Des bâtisseurs humbles, patients, obstinés.

Car le football guinéen ne souffre pas d’un manque de moyens. Il souffre d’un excès d’hommes. Un excès d’hommes qui se croient indispensables, qui se prennent pour la maison alors qu’ils n’en sont que les locataires temporaires. Et dans cette maison, ils ont tout fait sauf l’essentiel: poser des fondations, solidifier les murs, préparer l’avenir.

Alors, cessons de courir après le messie. Cessons de croire que le salut viendra d’un ministre, d’un mécène. Le salut viendra de nous, de cette prise de conscience collective qu’il faut remettre l’institution au centre, là où elle devrait toujours avoir été. Les hommes passent, mais la maison demeure. Et si nous voulons qu’elle demeure débout, fière, indestructible, il faut cesser de la construire avec des ego. Construisons-la avec des pierres. Avec du temps. Avec de l’humilité.

Car, après tout, le football n’est pas un sprint. C’est une traversée. Une traversée que nous devons aux générations futures, à ceux qui, demain, fouleront ces pelouses et devront y trouver non seulement un stade, mais une institution digne de ce nom. Une institution qui, elle, ne passe pas.

Sékou Koutoubou Kaba /  Administrateur Général Bafilanews.com 

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