Par la plume de l’Histoire politique guinéenne, une nouvelle page se tourne. Ce 7 août 2025, depuis Washington, loin des micros tendus de Conakry et du tumulte des joutes politiques nationales, Dr. Mamadou Mouctar Diallo a annoncé, d’une plume grave et sereine, sa démission de la présidence des NFD et son retrait définitif de la vie politique.
Une sortie calme, presque poétique, pour celui qui fut l’un des visages les plus singuliers et les plus tenaces du combat démocratique en Guinée. Mais ne vous y trompez pas : derrière la sobriété du ton, il y a la densité d’un parcours, la lourdeur des combats, la richesse des engagements… et la fatigue de l’homme.
D’un pavé jeté à 15 ans, à une retraite politique à 50 ans
Mouctar Diallo n’a pas attendu d’avoir un poste ou un parti pour entrer dans l’arène. À 15 ans, il arpentait déjà les rues, les poings levés, aux côtés d’étudiants insurgés, bravant les matraques d’un régime militaire. L’époque n’avait ni partis d’opposition, ni liberté de presse, ni réseaux sociaux. Il n’y avait que l’espoir nu et la témérité brute.
Son parcours est celui d’un activiste devenu acteur, puis dirigeant. Une trajectoire traversée d’exils, de blessures, de révoltes, de tribunes et de responsabilités : coordonnateur de la société civile lors des mémorables manifestations de 2007, voix debout face au massacre du 28 septembre 2009, ministre de la Jeunesse, député, président de parti… En somme, un homme qui a tout vu, tout vécu… et peut-être trop encaissé.
Une lettre d’adieu au goût de testament politique
Dans son adresse, Mouctar livre une introspection rare. Pas de langue de bois, pas de revanche. Il y a l’aveu des douleurs, des échecs, mais aussi la fierté des combats menés avec sincérité. Il reconnaît ses erreurs, pardonne à ses détracteurs, remercie ses compagnons et se retire, non par dépit, mais par choix.
Son texte sonne comme une élégie militante, un chant d’hommage à toute une génération sacrifiée sur l’autel de l’engagement. Il parle du militantisme comme d’un sacerdoce. Du silence comme d’un compagnon de route. Et de la jeunesse guinéenne comme d’une promesse à tenir.
Ce n’est qu’un au revoir, pas un abandon
S’il raccroche l’écharpe du politique, Mouctar Diallo n’envisage pas de s’éteindre dans l’oubli. Il promet de servir autrement, ailleurs, avec la même passion. Et en attendant que les germes de son combat fleurissent, il laisse le NFD entre les mains d’une présidente intérimaire chargée d’organiser la relève.
Son dernier mot est un cri d’encouragement à ses camarades : « Restez debout, unis, déterminés ». Le ton est clair : il quitte la scène, mais ne renie ni son idéal, ni sa foi en une Guinée juste, démocratique et paisible.
Chronique d’un départ digne
Dans un paysage politique souvent crispé, où les départs se font dans la fureur ou la disgrâce, Mouctar Diallo choisit le calme, l’élégance et la lucidité. Pas de clash, pas de règlement de comptes. Juste une longue lettre, sincère, posée, vibrante de gratitude et d’humanité.
On pourra débattre de son bilan, on pourra contester certaines de ses postures, mais une chose est sûre : il a donné de sa personne, souvent plus que de raison. Il quitte les projecteurs, mais son ombre, elle, planera encore longtemps sur les couloirs de la mémoire politique guinéenne.
Bonne route, Docteur. Et merci pour le combat.






