Il est des matins où l’air de Conakry semble plus lourd que de coutume. Un poids d’Histoire qui se dépose sur les lambris de l’Assemblée nationale, comme une seconde peau. Ce vendredi 17 Juillet 2026, le palais du peuple ne sera pas seulement le théâtre d’une passation de pouvoir, mais le miroir tendu à une nation en pleine réinvention. La dixième législature s’apprête à élire son bureau, et derrière ce scrutin en apparence protocolaire, se joue l’épineuse question de la continuité après la rupture. La fièvre des spéculations embrase les chaumières, et les noms circulent, portés par le vent capricieux du compromis et de l’ambition.
Au cœur de cette effervescence, trois figures se détachent avec une acuité particulière. Trois trajectoires, trois histoires, trois identités politiques qui incarnent, chacune à leur manière, des fragments de la complexe mosaïque guinéenne. Et c’est là que le mystère demeure entier, épais comme la brume matinale sur les collines de Dixinn.
L’Artisan et la Légitimité: Dr Dansa Kourouma
Son nom est sur toutes les lèvres. Et pour cause. Dr Dansa Kourouma n’est pas un prétendant comme les autres. Il est celui qui a tenu la barre pendant les heures les plus incertaines de la transition. Président du Conseil National de la Transition, il a été l’architecte discret, mais essentiel, de cette refondation législative qui a conduit le pays vers le référendum et la renaissance constitutionnelle. Il a “mouillé le maillot”, comme on dit dans le langage populaire, mais il a surtout mouillé sa plume, trempé son encre dans le sépia des compromis nécessaires.
Lui confier le perchoir, ce serait, pour l’exécutif, la confirmation d’une lune de miel législative. La complicité est évidente, presque palpable. Dansa connaît les dossiers, maîtrise les arcanes de l’État, et a su, durant des mois, revêtir l’habit du véritable homme d’État. Issu de la société civile, il a su incarner cette improbable synthèse entre la rigueur de l’expert et la souplesse du politique. Le président de la République trouverait en lui un relais fidèle, un prolongement naturel de sa vision. Élire Dansa, ce serait envoyer un signal fort: la transition n’a pas été une parenthèse, mais le laboratoire d’une nouvelle gouvernance.
Mais ce profil suscite aussi des murmures. Trop proche du pouvoir? Sa candidature, si elle se confirme, porterait-elle en germe le risque d’une Assemblée trop docile, servante zélée d’une exécutif triomphant? Le débat est là, vibrant, légitime.
L’Expérience et le Féminin Politique: Dr Makalé Traoré
À l’opposé du spectre, Dr Makalé Traoré incarne la permanence de l’arène politique. Juriste, économiste, elle a rodé son regard sur les rouages de l’État. Ancienne ministre, directrice de campagne d’Alpha Condé, elle porte en elle la mémoire des batailles politiques passées. Son parcours est une fresque: présidente de la COFFIG et du REFAMP, elle est la voix de la femme guinéenne dans un milieu souvent rugueux.
Pourtant, son parti, le PACT, n’a arraché qu’un seul siège lors des dernières législatives. Ce n’est pas un poids, c’est une épée de Damoclès. Son bagage politique, aussi impressionnant soit-il, pèse-t-il suffisamment dans la balance numérique des députés? La question se pose avec une acuité cruelle en ces temps de calculs arithmétiques. Elle a l’expérience, la stature, mais devra convaincre que derrière le nom, il y a une majorité. Son profil séduit par sa densité, mais interroge par sa capacité à fédérer au-delà de son seul parti.
Le Contre-Pouvoir Médiatique: Aboubacar Sylla
Et puis, il y a Aboubacar Sylla. L’homme est une institution à lui seul. Fondateur du groupe de presse L’Indépendant, créateur du complexe scolaire Sylla Lamine, il a longtemps été le regard critique de la nation avant d’en devenir un acteur central. Ministre de l’Information, puis Porte-parole du gouvernement, il connaît la mécanique médiatique comme personne. Sa présence sur la scène politique est celle d’un homme qui a autant manié la plume que le pouvoir.
Président de l’UFC, il incarne une opposition républicaine, une force de proposition. Son profil est celui d’un bâtisseur, un homme de dossiers et de réseaux. Son atout majeur réside dans sa connaissance des équilibres institutionnels. Cependant, son parcours ministériel sous l’ère Alpha Condé peut, dans le contexte actuel de rupture, apparaître comme un double tranchant. Est-il l’homme du renouveau ou celui d’un passé que l’on cherche précisément à dépasser?
Le Verdict du Vendredi
Les langues se délient, mais les bulletins, eux, restent muets. L’heure est aux équilibres subtils. Entre la continuité rassurante d’un Dansa Kourouma, la compétence rodée de Makalé Traoré et la stature d’un Aboubacar Sylla, les députés vont devoir arbitrer. Le choix du perchoir est celui d’une orientation pour les cinq ans à venir. Ce vendredi, on ne vote pas seulement pour un président, on vote pour la tonalité de la relation entre le Palais du Peuple et le Palais Mohamed V.
Si l’exécutif n’a pas encore montré sa préférence, la démocratie, dans son essence la plus pure, pourrait bien réserver une surprise. Une Assemblée jeune, fière de sa légitimité fraîchement acquise, voudra-t-elle marquer son indépendance ? Ou choisira-t-elle la voie de la stabilité et de la continuité ?
La Guinée retient son souffle. Dansa, Makalé, Aboubacar… Trois destins suspendus aux délibérations d’une poignée d’élus. Au-delà des noms, c’est l’ADN de la refondation qui se joue. Puissent les députés, dans la sagesse des anciens et l’audace des modernes, choisir celui qui saura hisser l’Assemblée nationale à la hauteur des défis colossaux qui attendent la Guinée. Le peuple guinéen, lui, observe. Avec l’espoir tenace que l’institution parlementaire devienne enfin le cœur battant de la démocratie, et non un simple faire-valoir du pouvoir exécutif.
La plume est levée, l’Histoire est en marche. Que le meilleur serve la Nation.






