Dans toute démocratie, il existe des moments où les passions doivent s’incliner devant les institutions, où le vacarme des campagnes doit céder la place au silence du droit. La décision rendue sur le contentieux des élections du 31 mai appartient à cette catégorie d’événements. Elle ne fait pas seulement jurisprudence; elle trace une ligne. Une ligne entre l’avant et l’après.
L’avant était celui des meetings, des promesses, des rivalités, des recours et des contestations. L’après doit être celui de la responsabilité.
Les résultats sont désormais définitifs. La majorité issue des urnes est connue. Les députés vont être installés. Les conseils communaux vont poursuivre leur mission. Le débat électoral est terminé. Le débat national, lui, commence. Car une victoire électorale n’est jamais une récompense. C’est une charge.
La GMD et ses alliés, largement confortés par le verdict de la Cour suprême, disposent désormais d’un capital politique considérable. Mais l’histoire enseigne que les majorités les plus solides ne sont pas celles qui dominent; ce sont celles qui transforment. Les citoyens n’attendent plus des discours. Ils attendent des résultats. Ils attendent des routes, des écoles, des centres de santé, des emplois, de l’eau, de l’électricité et une administration qui simplifie leur quotidien plutôt qu’elle ne le complique. La majorité a gagné le droit de gouverner. Elle doit maintenant démontrer sa capacité à servir.
Face à elle, l’opposition doit également entrer dans une nouvelle séquence. Une démocratie vivante n’a pas seulement besoin d’une majorité forte; elle a besoin d’une opposition crédible. Le temps des contestations judiciaires étant révolu, vient celui du contrôle parlementaire, de la proposition et de la vigilance républicaine. L’opposition ne rend service ni à elle-même ni au pays lorsqu’elle reste prisonnière des résultats d’hier. Son rôle est désormais d’éclairer les décisions de demain.
Quant aux députés nouvellement élus, ils doivent se souvenir d’une vérité souvent oubliée sous les ors des institutions: ils ne siègent pas pour eux-mêmes. Ils siègent au nom de ceux qui les ont envoyés à l’Assemblée nationale. Le mandat qu’ils reçoivent n’est pas un privilège; c’est une dette morale envers les citoyens.
Les conseils communaux, eux aussi, arrivent à une étape décisive. Les populations jugeront moins les discours que la qualité des services publics, moins les slogans que l’état des marchés, des voiries et des infrastructures locales. La politique de proximité sera le premier véritable test de cette nouvelle configuration institutionnelle.
Et puis il y a le peuple. Le grand vainqueur ou le grand perdant de toute séquence électorale, selon ce que les élus feront du pouvoir qui leur a été confié. Les citoyens ont accompli leur devoir en votant. Les institutions ont accompli leur devoir en arbitrant. Il appartient désormais aux responsables politiques d’accomplir le leur en gouvernant.
Les jours d’après sont souvent plus difficiles que le jour de la victoire. Car les promesses n’y rencontrent plus les applaudissements mais les réalités. Les slogans y croisent les contraintes budgétaires. Les ambitions y affrontent les urgences du quotidien.
La Cour suprême a fermé un chapitre. Elle n’a pas écrit le suivant. Ce chapitre reste à rédiger par les élus, les institutions et l’ensemble des forces vives du pays. L’heure n’est plus à savoir qui a gagné. L’heure est à démontrer que la Guinée peut gagner.






