Depuis le 18 février…j’ai fait cinq voyages aller-retour entre Conakry et Kindia. Cinq fois le même trajet. Cinq fois les mêmes visages. Et surtout… cinq fois le même constat. Je ne parle pas ici d’un fait isolé. Je parle d’une réalité répétée, observée, vécue. Sur cet axe, la route nationale numéro 1, il y a des barrages. Trois principaux. Mais sur ces trois barrages… deux fonctionnent désormais selon une règle simple: tu paies… ou tu ne passes pas.
Au début, j’ai voulu comprendre. Alors j’ai posé la question. Pas une fois… mais plusieurs fois. À différents chauffeurs. Des habitués de la route. Des hommes qui vivent de ces trajets. Et la réponse est toujours la même: Si tu ne payes pas, tu ne passes pas.
La scène est presque mécanique. Le véhicule ralentit. Un agent s’approche. Pas de salutations prolongées. Pas de contrôle visible. Le chauffeur glisse discrètement un billet. 5000 francs. Et aussitôt… le passage est libéré. Sans discussion. Sans vérification. Sans explication.
Au fil des voyages, une sensation s’installe. Pas la surprise. Pas la colère immédiate. Mais quelque chose de plus profond… une forme de résignation collective. Comme si tout le monde savait. Comme si tout le monde acceptait. Comme si c’était devenu… normal.
Mais ce qui est répété n’est pas forcément acceptable. Ce qui est fréquent n’est pas forcément légal. Et ce qui est toléré… peut devenir dangereux. Car aujourd’hui, ce sont 5000 francs. Demain… ce sera combien? Et surtout… jusqu’où ira cette logique? Sur cinq voyages, aller-retour… cela fait dix passages. Dix fois le même geste. Dix fois le même silence. Dix fois le même système. Et à grande échelle? Des centaines de véhicules par jour. Des milliers de transactions invisibles. Alors je me pose cette question, en tant que simple voyageur: À quel moment avons-nous cessé de questionner ce que nous vivons? À quel moment avons-nous accepté de payer… sans comprendre? À quel moment l’anormal est-il devenu une habitude?
Ce que je raconte ici n’est pas une accusation. C’est un témoignage. Un carnet de route. Un regard posé sur une réalité que beaucoup connaissent…mais que peu racontent.
Cinq voyages. Dix passages. Et toujours… 5000 francs pour avancer. Mais au fond…sommes-nous encore en train d’avancer,ou simplement en train de nous habituer à reculer?






